Nous sommes les fruits de notre environnement… mais pas ses prisonniers
Nous croyons souvent être des êtres libres, maîtres de nos choix, de nos goûts et de nos réactions. Pourtant, bien avant même que nous prenions une décision, notre environnement a déjà joué sa partition. Dès le matin, il suffit d’un regard sur notre téléphone, d’un message, d’une lumière, d’une voix familière ou d’une chanson pour que notre humeur, notre attention et nos pensées s’orientent dans une direction précise.
Notre cerveau, lui, ne s’en rend même pas compte : il s’adapte, absorbe, imite, réagit. Il est malléable comme de la cire chaude, façonné par chaque expérience, chaque relation, chaque décor.
Nous sommes traversés par mille influences invisibles : les personnes que nous côtoyons, les objets qui nous entourent, les mots que nous entendons, les informations que nous consommons. Ces influences tissent lentement la trame de notre identité, de nos croyances et de nos habitudes.
Ce que nous appelons « nous » n’est donc pas un bloc solide et autonome, mais un être en perpétuelle co-construction avec ce qui l’entoure.
Mais cela ne veut pas dire que nous sommes condamnés à subir. Bien au contraire. Reconnaître la puissance de notre environnement, c’est ouvrir la porte à une nouvelle forme de liberté : celle de choisir consciemment ce qui nous influence, de façonner notre cadre de vie pour qu’il soutienne notre évolution plutôt que de la freiner.
Dans cet article, nous allons explorer ensemble comment nos environnements relationnels, matériels, informationnels sculptent silencieusement notre identité, et surtout comment nous pouvons, avec lucidité et douceur, redevenir les architectes de ce qui nous façonne.
1. L’environnement, ce miroir invisible de notre identité
Nous parlons souvent de « changer notre vie » comme si cela dépendait uniquement de notre volonté. Nous décidons de prendre de nouvelles habitudes, de mieux gérer notre temps, d’être plus calmes, plus concentrés, plus sereins. Mais ce que nous oublions parfois, c’est que notre volonté ne flotte pas dans le vide : elle se déploie toujours dans un contexte.
Et ce contexte, c’est notre environnement.
Notre environnement, ce n’est pas seulement l’endroit où nous vivons. C’est l’ensemble des stimuli qui nous entourent : les sons, les couleurs, les odeurs, les visages, les conversations, les notifications, les objets que nous touchons ou que nous laissons traîner. C’est tout ce qui compose notre monde extérieur, et qui, souvent sans que nous en ayons conscience, modèle notre monde intérieur.
Les neurosciences l’ont largement démontré : notre cerveau est un organe profondément plastique et modulable. Il s’adapte en permanence à ce qu’il perçoit. Ce que nous voyons souvent, ce que nous entendons régulièrement, ce à quoi nous prêtons attention devient une référence interne. C’est ce que les psychologues appellent « l’effet de simple exposition » : plus nous sommes exposés à une idée, une émotion, une manière d’être, plus nous la considérons comme familière donc vraie, voire normale.
Ainsi, notre environnement agit comme un miroir invisible : il reflète, amplifie et parfois déforme notre identité. Il influence la façon dont nous pensons, ressentons et décidons. Si nous vivons dans un cadre bruyant, stressant ou désordonné, notre esprit finit par adopter le même rythme chaotique. Si au contraire nous évoluons dans un environnement calme, soutenant et inspirant, notre mental se synchronise avec cet équilibre.
Nous pourrions dire, comme les stoïciens, que l’environnement est neutre : ce sont nos jugements qui lui donnent sa couleur. Mais ces jugements eux-mêmes sont nourris par l’environnement. C’est un cercle subtil, parfois vicieux, parfois vertueux. Le comprendre, c’est déjà reprendre du pouvoir.
Changer de perspective, c’est reconnaître que nous ne sommes pas uniquement des esprits rationnels capables de se maîtriser à force de volonté. Nous sommes des êtres d’interaction, de résonance, d’imprégnation. C’est ce qui nous distinguera toujours des robots et nous gardera profondément humains.
Et c’est seulement en prenant conscience de cela que nous pouvons commencer à orienter ce qui nous influence, à choisir ce que nous laissons entrer dans notre champ de conscience.
2. Nos relations façonnent notre posture intérieure
Nos relations sont le cœur battant de notre environnement. Qu’on le veuille ou non, les personnes que nous côtoyons laissent en nous des empreintes émotionnelles, des traces invisibles qui orientent nos pensées, nos comportements et même notre niveau d’énergie.
Nous nous croyons indépendants, mais nous sommes, en réalité, profondément et heureusement perméables les uns aux autres.
Le développement personnel moderne aime citer cette phrase de Jim Rohn :
« Nous sommes la moyenne des cinq personnes que nous fréquentons le plus. »
Ce n’est pas qu’une belle formule : c’est une réalité neuropsychologique. Notre cerveau social, cette partie qui régit nos émotions, notre empathie et nos interactions, est câblé pour imiter. Les chercheurs parlent de neurones miroirs, ces cellules qui s’activent aussi bien quand nous agissons que lorsque nous observons quelqu’un le faire.
Autrement dit, nous absorbons les humeurs, les attitudes et les croyances de ceux qui nous entourent, souvent sans même le remarquer.
Si nous passons du temps avec des personnes cyniques ou démotivées, notre propre enthousiasme s’érode peu à peu. À l’inverse, être entouré de gens bienveillants, curieux, audacieux ou apaisés, nous pousse naturellement à élever notre propre posture intérieure. L’énergie collective agit comme une contagion positive ou négative. C’est ce qu’on appelle la contagion émotionnelle, un phénomène bien documenté en psychologie sociale : les émotions circulent dans un groupe comme une onde invisible, affectant l’humeur de chacun.
Mais nos relations ne se limitent pas à des échanges d’émotions. Elles réactivent aussi, souvent inconsciemment, nos vieux scénarios intérieurs.
L’analyse transactionnelle l’a très bien décrit, dans certaines relations, nous rejouons toujours le même rôle : celui du sauveur, de la victime ou du persécuteur, sans comprendre pourquoi. Ce sont les jeux psychologiques, ces scripts silencieux qui nous maintiennent dans des postures figées.
Les reconnaître, c’est le premier pas pour s’en libérer et créer des relations plus saines, fondées sur la responsabilité mutuelle plutôt que sur le besoin ou le contrôle.
Bien sûr, nous ne choisissons pas toujours notre entourage. Certains environnements familiaux, professionnels ou sociaux ne sont pas toujours ajustés à notre évolution. Mais, comme le rappellent les stoïciens, ce qui dépend de nous, c’est notre attitude. Nous pouvons apprendre à protéger notre énergie, à poser des limites, à choisir les espaces où nous déposons notre attention et notre confiance.
Changer de vie ne signifie pas nécessairement changer de cercle, mais changer la manière dont nous interagissons avec lui.
Et parfois, il suffit d’une seule relation inspirante, d’un regard bienveillant ou d’un modèle différent pour rallumer en nous la flamme de ce que nous voulons devenir.
3. L’environnement matériel, un reflet de notre monde intérieur
Notre environnement matériel parle de nous, souvent mieux que nous-mêmes.
Ouvre les yeux autour de toi : ton bureau, ta chambre, ta voiture, ton sac, ton téléphone… Chacun de ces espaces raconte une histoire — la tienne.
Ils révèlent ce à quoi tu donnes de la valeur, ce que tu repousses, ce que tu laisses s’accumuler, ce que tu oublies de voir.
Le désordre, par exemple, n’est jamais neutre. Il traduit souvent un esprit saturé, dispersé, ou une période de transition intérieure. À l’inverse, un espace trop ordonné, presque stérile, peut parfois cacher une peur du vide, une volonté de contrôle ou une difficulté à lâcher prise.
Notre environnement est un miroir : il reflète l’état de notre monde intérieur, mais il le nourrit aussi.
Un lieu encombré entretient la confusion ; un lieu lumineux et épuré favorise la clarté.
Les neurosciences confirment ce lien : un environnement visuellement chargé augmente la charge cognitive du cerveau, c’est-à-dire la quantité d’informations qu’il doit traiter à la fois. Résultat : fatigue, distraction, irritabilité.
À l’inverse, un espace simple et apaisé réduit le stress et facilite la concentration.
Mais il ne s’agit pas ici de prôner le minimalisme absolu. Non sinon mon épouse va me tomber dessus en me disant : « tu as dit que… ». Ce n’est pas une compétition de rangement. C’est une question d’harmonie personnelle.
L’important, c’est que notre environnement nous ressemble, qu’il soutienne notre énergie, qu’il nous invite à être la personne que nous souhaitons devenir.
- Un fauteuil confortable dédié à la lecture pour nourrir notre esprit.
- Un coin musique pour laisser s’exprimer notre créativité.
- Un tapis de sport toujours visible afin de prendre soin de nos corps chaque jour.
- Un écran dégagé pour accueillir nos nouvelles idées.
- Une plante pour nous rappeler que la vie a besoin de lumière, de nature et d’attention.
- Un carnet ouvert pour noter ce que nous voulons améliorer.
Ces petits gestes n’ont rien d’anodin. Ils traduisent une intention. Et c’est elle qui change tout.
Lorsque nous décidons consciemment d’organiser notre espace, nous réaffirmons symboliquement notre pouvoir intérieur : celui de choisir, de mettre de l’ordre, de faire de la place.
Les stoïciens l’avaient bien compris : nous ne contrôlons pas les événements, mais nous contrôlons la manière dont nous y réagissons.
Et réagir, au sens profond du mot, c’est bien cela : faire de son espace un lieu vivant, aligné, conscient. Alors peut-être que la prochaine fois que nous rangerons une pièce, il ne s’agira pas seulement de déplacer des objets, mais de réaligner un peu notre monde intérieur.
4. L’environnement informationnel : ce que nous laissons entrer dans notre esprit.
Nos ancêtres étaient influencés par leur village, leur voisinage, leur famille, leurs croyances. Nous, nous vivons dans un village planétaire où chaque minute nous expose à des centaines d’opinions, d’images, d’émotions et d’injonctions contradictoires.
Ce n’est plus seulement notre environnement physique ou relationnel qui nous façonne : c’est désormais notre environnement informationnel.
Chaque jour, nous absorbons une quantité colossale de données : actualités, anxiogènes, notifications, publicités, vidéos, débats, messages, flux de contenus.
Notre cerveau, pourtant, n’a pas évolué pour cela. Il traite chaque information comme un signal potentiellement vital. Résultat : surcharge mentale, fatigue attentionnelle, fragmentation de la pensée.
Ce que les chercheurs appellent infobésité ou fatigue cognitive n’est pas un phénomène anodin : il modifie littéralement la structure et le fonctionnement de notre esprit.
Nous croyons « nous informer », mais souvent, nous nous formons à notre insu.
Les algorithmes des réseaux sociaux et des moteurs de recherche renforcent nos croyances en nous proposant ce que nous aimons déjà voir ou penser. C’est le fameux biais de confirmation, amplifié à l’échelle mondiale.
Peu à peu, nous vivons dans une bulle cognitive où tout ce que nous percevons semble conforter nos opinions.
Et ce que nous lisons chaque jour devient notre réalité intérieure.
Le stoïcien Épictète nous avertissait déjà :
« Ce ne sont pas les choses qui troublent les hommes, mais les opinions qu’ils en ont. »
Ce qui veut dire : notre paix intérieure dépend moins de ce qui se passe dans le monde que de ce que nous choisissons d’y laisser entrer.
Ainsi, protéger son esprit devient un acte de souveraineté.
Cela ne veut pas dire fuir le monde, mais choisir avec discernement ce que nous laissons nous influencer.
Tout comme nous sélectionnons ce que nous mangeons, apprenons à sélectionner ce que nous consommons mentalement.
Quelques gestes simples suffisent à recréer de la clarté :
- désactiver les notifications inutiles,
- réserver un moment précis pour s’informer plutôt que de subir le flux,
- lire des contenus nourrissants plutôt que distrayants,
- créer des rituels de silence, de lecture lente, ou d’écriture.
Ce que nous regardons façonne ce que nous pensons. Ce que nous pensons façonne ce que nous ressentons. Et ce que nous ressentons finit par orienter nos actions.
Autrement dit : notre environnement informationnel crée notre état d’être.
Nous pouvons donc, chaque jour, redevenir un peu plus conscients des portes que nous ouvrons.
Certaines mènent à la confusion, d’autres à la clarté.
Et la clarté, elle, est toujours une forme de liberté.
5. Choisir ou créer l’environnement qui soutient notre évolution
Nous ne choisissons pas toujours d’où nous venons, mais nous pouvons choisir vers quoi nous voulons aller.
Et ce « vers quoi » passe inévitablement par un choix d’environnement.
Car, comme une plante, nous avons besoin d’un sol fertile, d’eau, de lumière et d’air pour grandir. Si le terreau est pauvre ou pollué, même la plus belle graine peine à éclore.
Prendre conscience de l’influence de notre environnement, c’est donc bien plus qu’un constat : c’est une invitation à redevenir le jardinier de notre propre vie.
Cela demande du discernement, du courage et parfois une certaine solitude au début, le temps de laisser émerger une nouvelle cohérence.
Voici quelques leviers concrets pour créer un environnement qui soutient notre croissance :
a) Choisir les relations qui élèvent
Entourons-nous de personnes qui nous inspirent, pas de celles qui nous épuisent.
Des relations où l’on peut être soi-même, sans masque ni performance.
Des cercles où l’on parle de rêves, d’idées, de valeurs, plutôt que de critiques ou de plaintes.
Si certaines relations ne peuvent être évitées, apprenons à y poser des limites intérieures : écouter sans absorber, aimer sans se diluer.
b) Créer un espace physique qui nourrit notre énergie
Notre lieu de vie est un prolongement de nous-mêmes.
Allégeons-le, simplifions-le, rendons-le vivant.
Quelques plantes, un carnet, une lumière douce, une odeur familière… Ce sont souvent les détails qui transforment une pièce en refuge.
Un environnement apaisé favorise naturellement la concentration, la gratitude et la créativité.
c) Façonner notre environnement informationnel
Apprenons à dire « non » à certaines sources pour pouvoir dire « oui » à ce qui nous nourrit vraiment.
Remplaçons le bruit par des lectures qui élèvent, des voix qui inspirent, des silences qui apaisent.
Chaque notification désactivée est une petite victoire de l’attention retrouvée.
d) Cultiver des rituels d’ancrage
Notre environnement n’est pas que spatial : il est aussi temporel.
Les moments que nous répétons structurent notre équilibre intérieur.
Créer des rituels simples, un café au calme, une marche quotidienne, un moment d’écriture ou de gratitude revient à dresser des balises de stabilité dans un monde mouvant.
e) Se rappeler que nous sommes aussi un environnement pour les autres
Nos paroles, nos attitudes, notre énergie contribuent à façonner le climat autour de nous.
Nous sommes chacun, à notre manière, un champ d’influence.
En devenant un environnement porteur, apaisé, bienveillant, inspirant, nous aidons les autres à grandir à leur tour.
Et c’est sans doute là l’un des plus beaux actes de leadership personnel.
Créer un environnement aligné n’est pas une fuite du monde, mais une manière d’y participer pleinement, avec justesse.
C’est un art d’équilibre entre acceptation et intention.
Le stoïcien dirait : « Je ne choisis pas le vent, mais je règle mes voiles. »
Alors, demandons-nous : quel vent souffle sur ma vie aujourd’hui ? Et surtout, comment puis-je orienter mes voiles pour qu’il me pousse dans la direction que j’ai choisie ?
Conclusion : Redevenir l’architecte de ce qui nous façonne
Nous passons une grande partie de notre vie à vouloir nous améliorer, à chercher la bonne méthode, la bonne habitude, la bonne direction. Et pourtant, bien souvent, nous oublions de regarder là où tout commence : l’environnement dans lequel nous évoluons.
Il agit sur nous en silence, comme une main invisible qui façonne nos pensées, nos émotions et nos comportements. Il peut nourrir nos rêves ou les étouffer, amplifier notre sérénité ou entretenir nos doutes.
Mais la bonne nouvelle, c’est que nous ne sommes pas condamnés à subir cette influence.
Nous pouvons apprendre à l’observer, à la comprendre, puis à la sculpter consciemment.
Chaque choix compte : une relation encouragée, une source d’information écartée, une pièce réorganisée, un rituel instauré.
Ce sont ces petits ajustements répétés qui redessinent, au fil du temps, le cadre de notre existence.
Redevenir conscient de notre environnement, c’est redevenir auteur de notre vie.
C’est choisir d’habiter notre monde plutôt que de le traverser en pilote automatique.
C’est transformer notre cadre pour qu’il devienne le prolongement naturel de ce que nous voulons incarner.
Le stoïcien dirait que nous ne contrôlons pas les circonstances, mais seulement notre manière d’y répondre.
Nous pourrions ajouter : nous ne contrôlons pas toujours notre environnement, mais nous pouvons choisir de le rendre propice à notre épanouissement.
Alors, aujourd’hui, posons-nous cette simple question :
« Qu’est-ce que je peux ajuster, ici et maintenant, pour que mon environnement reflète davantage la personne que je suis ou que je souhaite devenir ? »
Parce que, finalement, nous devenons ce que nous répétons, et nous répétons ce que notre environnement rend possible. Tout est imperfectiblement lié !
À très vite pour la suite.
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