Il y a des moments dans notre vie où nous avons l’impression de tourner en rond. Nous voulons avancer, changer quelque chose, nous dépasser… mais quelque chose en nous semble freiner l’élan. Pas un obstacle extérieur. Pas un manque de volonté.
Non : une barrière beaucoup plus subtile, presque invisible, une barrière intérieure.
Cette barrière, ce sont nos croyances.
Chaque jour, nous naviguons avec un ensemble d’idées, de règles et de convictions que nous considérons comme vraies. Elles nous ont été transmises par notre famille, notre éducation, nos expériences, la société, et souvent même par nos propres blessures. Certaines de ces croyances nous soutiennent. Elles nous donnent du courage, de la direction, du sens.
Mais d’autres nous enferment dans une version limitée de nous-mêmes.
Ce sont les croyances limitantes : ces pensées bien installées qui nous soufflent que nous ne sommes pas capables, que nous ne méritons pas, que c’est trop tard, que de toute façon rien ne changera. Nous les répétons sans même nous en rendre compte. Elles guident nos décisions, nos réactions, nos choix, parfois même nos rêves, comme un programme silencieux qui tourne en arrière-plan.
Et si ce n’était pas la réalité qui nous bloquait, mais ce que nous croyons vrai à son sujet ?
Nous avons appris, grâce aux neurosciences, à la psychologie et aux approches comme la PNL, que notre cerveau ne cherche pas la vérité : il cherche la cohérence. Il aime retrouver ce qu’il connaît déjà. Alors il sélectionne, filtre, simplifie… au point que, parfois, nous vivons non pas dans le monde tel qu’il est, mais dans le monde tel que nos croyances nous permettent de le voir.
La bonne nouvelle, c’est que ces croyances ne sont pas des murs. Elles sont des lunettes.
Elles teintent notre regard, mais peuvent être remplacées, ajustées, réécrites.
Elles ne sont pas notre identité : seulement une histoire que nous nous racontons depuis longtemps. Et une histoire, ça se revisite.
Dans cette première partie, prenons le temps de comprendre ce que sont réellement ces croyances, d’où elles viennent, comment elles se forment, et pourquoi elles exercent une telle influence sur notre identité et nos décisions ? C’est en éclairant ce mécanisme que nous retrouvons le pouvoir de changer profondément notre manière d’exister.
1. Comprendre ce qu’est vraiment une croyance limitante.
Avant de pouvoir transformer une croyance limitante, nous devons comprendre ce qu’elle est réellement. Nos croyances ne sont pas de simples phrases qui traversent notre esprit. Ce sont des structures, des filtres, des raccourcis cognitifs que notre cerveau construit pour donner du sens au monde. Elles influencent tout : ce que nous percevons, ce que nous osons, ce que nous évitons, ce que nous pensons possible pour nous.
Elles façonnent notre identité, souvent sans que nous en ayons conscience.
Commençons par une définition simple et puissante.
Une croyance limitante, c’est une idée que nous tenons pour vraie et qui nous empêche d’avancer.
Ce n’est pas un fait, une vérité universelle, c’est une interprétation.
Elle agit comme une barrière mentale :
- Elle réduit notre champ des possibles,
- Elle nous empêche d’agir.
- Elle renforce nos peurs.
- Elle accompagne nos excuses.
- Elle entretient nos doutes.
Elles commencent souvent par des formules comme :
« Je ne suis pas capable de…, je n’y arriverai jamais…, ce n’est pas pour moi…, je suis trop… et son contraire, je ne suis pas assez… »
Ce sont ces histoires que nous nous répétons si souvent qu’elles nous semblent évidentes.
Mais d’où viennent ces croyances ?
Nos croyances ne naissent pas de nulle part. Elles sont le résultat d’un long apprentissage, parfois silencieux.
· Elles naissent souvent dans notre enfance : la matrice fondatrice
En tant qu’enfants, nous absorbons tout : les mots, les attitudes, les peurs, les espoirs de notre entourage.
Un parent qui répète « Sois prudent ! fais attention ! » peut semer l’idée que le risque est dangereux.
Une élève qui se dit « Je ne suis pas faite pour les maths » peut cristalliser une identité entière.
Une critique répétée peut devenir un verdict intérieur, nous ne questionnons rien, nous intégrons.
· Elles s’impriment de nos expériences marquantes.
Une blessure, un échec, une humiliation, une rupture difficile.
Un événement peut suffire à générer une conclusion erronée :
« Si j’ai échoué une fois, j’échouerai encore et toujours. Ce n’est pas fait pour moi ! »
Notre cerveau cherche à comprendre, à expliquer, à simplifier.
· Elles s’inspirent de nos normes sociales et culturelles.
La société nous transmet ses propres récits :
« Il faut travailler dur pour réussir. », « Être créatif ne paie pas un salaire ! », « Choisis un travail salarié, c’est la sécurité pour ta pension. »
Nous adoptons des croyances collectives sans même en vérifier la validité.
· Elles agissent comme des mécanismes de protection.
Et parfois, une croyance limitante est née… pour nous protéger.
Elle a eu son rôle, elle a servi à éviter une souffrance, une peur, un rejet.
Aujourd’hui, elle nous freine, mais hier, elle nous a peut-être sauvés.
C’est pourquoi il est essentiel de les aborder avec bienveillance.
Il y a quelques années, Alfred a vécu une rupture amoureuse brutale.
Il s’était beaucoup investi, avait fait confiance, s’était ouvert et il y croyait plus que tout.
La rupture lui a été annoncée brutalement, pourtant il avait sacrifié beaucoup de lui pour que cela fonctionne.
Il en a souffert des mois, des années et je crois qu’il en souffre encore aujourd’hui.
Finalement il s’est forgé une croyance en béton armé :
→ « Je suis mieux tout seul. Vaut mieux être seul que mal accompagné ! Je suis libre et tranquille ! » ce que je traduis moi par « si je m’attache à quelqu’un d’autre, je vais encore souffrir. »
Pourquoi cette croyance l’a protégé ?
Elle l’a empêché de revivre un autre choc émotionnel.
Elle lui a permis de se recentrer sur lui et surtout de reprendre le contrôle.
Pourquoi cette croyance le freine aujourd’hui ?
Alfred reste prisonnier de sa croyance, a du mal à faire confiance, à s’engager.
Il attire des relations superficielles, des « potes » comme il dit, fuyant celles qui pourraient devenir plus sérieuses et demander un engagement.
Il confond prudence et protection excessive.
Sa croyance l’a protégé… mais maintenant elle l’empêche d’avancer et d’aimer vraiment.
Quel est le rôle de notre cerveau dans la fixation des croyances ?
Nos croyances ne sont pas stockées dans un coin de notre tête. Elles sont intégrées dans notre manière de percevoir.
Les neurosciences nous montrent que notre cerveau adore les raccourcis, il cherche la cohérence, pas la vérité, sélectionne les informations qui confirment ce que nous croyons déjà (biais de confirmation), il ignore ou minimise ce qui va à l’encontre.
C’est pourquoi une croyance limitante peut devenir un véritable programme automatique.
Quand nous croyons quelque chose, notre cerveau va spontanément :
- repérer ce qui la valide,
- se détourner de ce qui l’invalide,
- produire des émotions cohérentes avec elle,
- nous pousser à agir d’une manière qui l’entretient.
Nous ne voyons pas le monde tel qu’il est, mais tel que notre cerveau le filtre.
C’est là toute la puissance de ce travail : si une croyance peut façonner notre réalité… alors changer une croyance peut transformer notre vie.
2. Les types de croyances limitantes les plus courantes
Si nous voulons transformer nos croyances, nous devons d’abord comprendre leur structure. Toutes les croyances limitantes ne se ressemblent pas. Certaines nous freinent légèrement. D’autres façonnent toute notre identité. Certaines concernent ce que nous faisons, d’autres, ce que nous pensons mériter. Certaines limitent nos actions, d’autres limitent notre vision du monde.
Identifier précisément le type de croyance qui nous retient, c’est faire un pas décisif vers la liberté intérieure.
Les croyances sur soi : les verdicts intérieurs.
Ce sont les croyances qui concernent notre valeur, nos compétences, nos capacités, notre identité personnelle.
Elles naissent souvent :
- d’un discours intérieur critique,
- d’expériences passées mal digérées,
- de comparaisons toxiques,
- ou de messages trop souvent entendus.
Elles commencent par :
« Je ne suis pas assez…, je suis trop…, je ne serai jamais capable de…, ce n’est pas pour moi… »
Exemples :
« Je ne suis pas doué(e) pour apprendre, pour faire du sport, pour passer cet examen promotionnel. »
« Je suis nul(le) pour les relations humaines, pour la cuisine, pour les langues. »
« Je n’ai pas assez de courage pour changer de métier, reprendre des cours, rompre ma relation avec ma partenaire. »
« Je ne suis pas fait(e) pour être en couple, pour être riche, pour devenir entrepreneur. »
Ce sont des croyances dangereuses, car elles attaquent la base : notre perception de nous-même. Elles n’ont rien à voir avec nos véritables capacités ; elles reflètent seulement ce que nous pensons d’elles.
Les croyances sur les autres : la méfiance et la projection.
Nous n’interprétons pas les comportements des autres avec neutralité. Nous les jugeons via nos filtres.
Ces croyances déterminent notre manière de nous ouvrir, de nous protéger, de communiquer.
Elles commencent par : « Les gens sont… » « Les autres pensent que… » « On ne peut pas… »
« On ne peut faire confiance à personne. »
« Les gens jugent chacun de mes gestes, tout le temps. »
« Personne ne me comprend vraiment. »
« Les autres ont toujours de mauvaises intentions. »
Ces croyances créent de la distance, de la séparation. Elles enferment dans une posture défensive qui isole et empêche des relations authentiques.
Les croyances sur le monde : les lois invisibles que nous ne questionnons plus.
Ce sont les croyances globales, celles qui concernent la vie, la société, l’avenir, la réussite.
Elles commencent par : « Le monde est…, la vie, c’est…, pour réussir, il faut… »
« Le monde est injuste. »
« La vie est dure. »
« Il faut souffrir pour réussir. »
« On ne peut pas changer les choses. »
Ces croyances sont très puissantes, car elles passent souvent pour « normales ».
Elles semblent provenir de la sagesse populaire, alors qu’elles ne sont souvent que des généralisations.
Elles influencent notre niveau d’espoir, notre rapport à l’action, notre vision du futur.
Les croyances identitaires : les plus profondes, les plus déterminantes.
Ce sont les croyances qui touchent à l’essence de « qui nous sommes ».
Elles sont les plus stables… mais aussi les plus transformantes à travailler.
Elles commencent par : « Je suis… ou je ne suis pas… »
« Je suis timide. »
« Je suis malchanceux (se). »
« Je suis faible. »
« Je ne suis pas quelqu’un qui réussit. »
Ces croyances identitaires créent un cadre rigide.
Nous finissons par nous comporter de manière à confirmer ce que nous pensons être vrai sur nous-même.
Elles deviennent des prophéties autoréalisatrices.
La bonne nouvelle : transformer une croyance identitaire peut changer un destin entier.
Les croyances héritées : ce que nous répétons sans même y penser.
Certaines croyances nous viennent de notre famille, de notre culture, de l’histoire sociale dans laquelle nous avons grandi.
« Dans notre famille, on n’est pas fait pour… »
« Chez nous, on a toujours fait comme ça. »
« Sois un homme et n’étale pas tes émotions. »
Elles ont une chose en commun :
nous pensons qu’elles sont « normales », qu’elles font partie de nous.
Mais elles ne sont que des transmissions…
et nous avons le droit de choisir lesquelles garder.
Les croyances protectrices : les plus paradoxales.
Ce sont celles qui se construisent pour nous éviter une souffrance : un échec, un rejet, une blessure.
Elles nous disent :
« Si je n’essaie pas, je ne risque rien. »
« Si je reste discret, je ne serai pas critiqué. »
« Si je prends des risques, je risque de tout perdre. »
Elles sont protectrices… mais à long terme, elles nous bloquent.
Elles créent des vies petites, prudentes, sous-exposées.
Elles nous privent d’expériences, d’apprentissages, de rencontres, de possibles.
En les identifiant, nous comprenons que nos blocages ne viennent pas d’une faiblesse personnelle.
Ils viennent d’histoires apprises, répétées, conditionnées.
Et ce qui a été appris… peut être transformé.
Conclusion :
Nous venons de mettre des mots sur un processus intérieur qui, sans que nous le remarquions, façonne nos limites autant que nos possibles. Comprendre ce qu’est une croyance limitante et comment elle s’installe en nous, c’est déjà un acte de liberté. C’est comme rallumer une lampe dans une pièce où, depuis longtemps, nous avancions à tâtons.
Mais cette prise de conscience n’est que le début.
Dans la deuxième partie que je publierai dans les prochaines semaines, nous irons plus loin, beaucoup plus loin.
Nous verrons comment reconnaître concrètement nos croyances limitantes dans le quotidien, comment les dévoiler, les questionner, les transformer, et surtout comment installer durablement de nouvelles croyances qui servent notre expansion.
Parce que comprendre, c’est éclairer.
Transformer, c’est se réinventer.
Et ce chemin commence maintenant. Avec des lectures comme je vous les propose chaque semaine.
Laissez-moi la chance d’être le détonateur invisible de vos changements profonds.
À très vite pour la suite.
En attendant, vous pouvez lire également : Comment garder un cerveau en pleine forme en vieillissant : vérités et fausses croyances – Nos états d’Am’s