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Que se passe-t-il quand nous laissons la peur guider notre vie ?

Il y a des articles que l’on écrit parce qu’un livre nous a inspirés. D’autres naissent d’une étude scientifique, d’une discussion ou d’une simple idée griffonnée dans un carnet.

Et puis il y a ceux qui s’imposent à nous.

Ces derniers temps, une vie de mon entourage m’a obligé à me poser une question que je n’avais encore jamais formulée avec autant de force. Une question inconfortable, presque dérangeante, parce qu’elle ne concerne pas seulement les autres. Elle nous concerne tous.

Que se passe-t-il lorsque la peur devient le véritable pilote de notre existence?

Nous parlons souvent de la peur comme d’une émotion passagère.
Nous cherchons à la calmer, à la dépasser, parfois même à la faire disparaître.
Pourtant, le véritable danger n’est peut-être pas d’avoir peur.
Le véritable danger est de ne plus remarquer que, depuis longtemps, c’est elle qui prend les décisions à notre place.

Elle est discrète.

Elle ne nous ordonne pas de renoncer à nos rêves du jour au lendemain.
Elle préfère les petits renoncements.
Celui de remettre un projet à plus tard.
De ne pas dire ce que nous pensons.
De rester dans une situation qui ne nous rend plus heureux.
De ne pas oser demander, essayer, changer ou partir.

La peur est rarement spectaculaire. Elle est patiente.

Année après année, elle nous persuade que ce n’est pas le bon moment, que nous ne sommes pas prêts, que les risques sont trop grands ou que les autres y arriveront mieux que nous.
À force de l’écouter, nous finissons parfois par appeler « prudence » ce qui est en réalité une prison devenue familière.

Le plus troublant, c’est que cette prison est souvent confortable.
Vue de l’extérieur, une vie guidée par la peur peut sembler parfaitement réussie : un travail, une maison, une routine, des habitudes bien installées. Rien ne paraît manquer.

Et pourtant…

Combien de projets n’ont jamais vu le jour ?

Combien de conversations importantes n’ont jamais eu lieu ?

Combien de rêves ont été remplacés par des regrets silencieux ?

Les stoïciens considéraient que le courage n’était pas l’absence de peur, mais la capacité à agir malgré elle.
Les neurosciences nous disent aujourd’hui que notre cerveau est naturellement programmé pour privilégier la sécurité à l’inconnu.
Autrement dit, la peur fait partie de nous. Elle est utile. Elle nous protège.

Mais elle n’a jamais été conçue pour donner un sens à notre vie.

Alors, je vous propose de prendre quelques minutes pour répondre à une question simple, mais peut-être déterminante.

Et si, sans même nous en rendre compte, nous étions en train de construire notre vie autour de ce que nous voulons éviter… plutôt que de ce que nous voulons vraiment vivre ?

1.      La peur n’est pas notre ennemie

Avant d’accuser la peur de tous nos maux, il est important de lui rendre justice.

Sans elle, l’humanité ne serait probablement pas là aujourd’hui.

Pendant des milliers d’années, notre survie a dépendu de notre capacité à détecter les dangers. Nos ancêtres qui se méfiaient des bruits suspects dans les hautes herbes avaient davantage de chances de transmettre leurs gènes que ceux qui fonçaient sans réfléchir.
Notre cerveau a donc développé un système d’alarme extraordinairement efficace.
Et ce système existe toujours.

Lorsque nous percevons une menace, une petite structure de notre cerveau appelée l’amygdale s’active. En quelques fractions de seconde, elle mobilise notre organisme. Le rythme cardiaque augmente. Les muscles se préparent à agir. L’attention se focalise sur le danger potentiel.

À l’origine, ce mécanisme nous aidait à faire face à un prédateur.

Aujourd’hui, le prédateur a souvent changé de visage.

Il peut prendre la forme d’une prise de parole en public, d’une reconversion professionnelle, d’une conversation difficile ou d’un projet qui nous tient à cœur.

Notre cerveau réagit pourtant de manière étonnamment similaire.

Pour lui, l’inconnu reste un risque.

Voilà pourquoi la peur n’est pas un défaut de fabrication. Elle est une fonctionnalité. Elle cherche à nous protéger. Elle nous évite parfois des décisions impulsives ou dangereuses. Elle nous pousse à préparer un examen, à vérifier un contrat ou à regarder avant de traverser la route.

Le problème n’apparaît donc pas lorsque nous ressentons de la peur.

Le problème apparaît lorsque nous lui accordons une confiance aveugle.

Car la peur a une mission très précise : assurer notre sécurité. Pas notre épanouissement, notre liberté, notre bonheur.

La peur ne se demande jamais si une décision nous permettra de grandir. Elle se demande uniquement si cette décision comporte un risque.

Et entre une vie riche de possibilités et une vie parfaitement prévisible, elle choisira presque toujours la seconde option.

C’est ici que tout bascule.

Parce que ce qui nous protège dans certaines situations peut aussi nous limiter dans beaucoup d’autres.

Imagine un instant que vous souhaitiez changer de métier. La peur va immédiatement dresser la liste des problèmes possibles : « Et si vous échouiez, perdiez en sécurité financière, regrettiez votre choix ? »

Ces questions ne sont pas absurdes. Elles méritent d’être entendues.

Mais remarquez-vous ce qu’elles oublient systématiquement ?

La peur ne demande jamais :

« Et si cette décision vous permettait de vous épanouir davantage ? »

« Et si vous découvriez des capacités que vous ignoriez encore ? »

« Et si cette expérience transformait positivement votre vie ? »

Son regard est orienté vers les pertes potentielles, rarement vers les gains possibles.

Les psychologues appellent cela le biais de négativité.
Notre cerveau accorde naturellement plus d’importance aux risques qu’aux opportunités.
D’un point de vue évolutif, cela a longtemps été un avantage. Mieux valait manquer une occasion que perdre la vie, mais dans le monde moderne, cette logique peut devenir un piège.
Car les plus grandes satisfactions de notre existence se trouvent souvent de l’autre côté d’une certaine forme d’incertitude.

Tomber amoureux, créer un projet, changer de voie, déménager, exprimer ce que nous ressentons, aucun de ces choix n’offre de garantie, tous exigent une part de courage.

C’est pourquoi la question n’est pas de savoir comment supprimer la peur.

La question est de savoir quelle place nous lui accordons.

Doit-elle être un conseiller que nous écoutons avec attention?

Ou le décideur qui signe tous les contrats de notre vie?

La différence entre ces deux situations est immense.

Dans le premier cas, la peur nous protège, dans le second, elle nous dirige.

Et lorsqu’elle commence à nous diriger, les conséquences sont souvent beaucoup plus profondes que nous l’imaginons.

2.      Une vie gouvernée par la peur ressemble rarement à une prison.

Lorsque nous imaginons une personne dominée par la peur, nous pensons souvent à quelqu’un qui n’ose plus sortir de chez lui, qui évite tout contact ou qui panique au moindre imprévu.
Mais, dans la réalité, les choses sont bien plus subtiles.
La plupart des vies gouvernées par la peur paraissent… parfaitement normales.

On travaille, élève ses enfants, paie ses factures, part parfois en vacances, fait ce qu’il faut faire.
Vue de l’extérieur, rien ne semble anormal et pourtant, quelque chose manque.
Non pas parce que la vie est difficile ! Elle l’est pour tout le monde, mais parce qu’à chaque carrefour important, c’est la peur qui a discrètement pris la décision.

Elle ne dit pas : « N’essaie jamais. »… Elle murmure plutôt : « Attends encore un peu, ce n’est peut-être pas le bon moment. Tu es bien là où tu es. Tu risques de tout perdre. »

À force de l’écouter, nous ne faisons plus des choix. Nous développons des habitudes d’évitement.

Nous évitons cette conversation qui pourrait pourtant sauver une relation, cette formation qui pourrait transformer notre carrière.
Nous évitons de demander de l’aide parce que nous avons peur de paraître faibles, de dire « je t’aime », de peur de ne pas être aimé en retour.
Nous évitons de dire « non », de peur de décevoir, de commencer, de peur d’échouer.
Nous évitons parfois même de rêver, parce qu’un rêve qui ne se réalise pas fait moins mal lorsqu’on ne l’a jamais formulé.

Le plus insidieux, c’est que ces renoncements ne provoquent aucune douleur immédiate.

Chaque fois que nous renonçons, nous ressentons même un certain soulagement. Nous n’avons pas pris de risque, n’avons pas été jugés, connu l’échec.

Notre cerveau nous récompense presque d’avoir choisi la sécurité.
Mais ce soulagement a un prix. Il est faible aujourd’hui, un peu plus élevé demain, mais considérable après dix, vingt ou trente ans.

Car une vie ne bascule pas en une seule grande décision, elle se construit à travers des milliers de petites décisions presque invisibles.

Dire oui plutôt que non… Rester plutôt que partir… Préférer se taire plutôt que parler… Reporter au lendemain plutôt que commencer. Jour après jour, ces petits choix dessinent notre existence. Et un matin, nous regardons derrière nous avec une étrange impression.

Nous avons vécu, mais avons-nous vraiment choisi notre vie?

Où avons-nous simplement choisi, chaque fois que cela était possible, le chemin qui semblait le moins risqué, le plus facile ?

Cette question est inconfortable. Parce qu’elle ne remet pas seulement en cause quelques décisions. Elle remet en cause la manière dont nous décidons.

Les stoïciens avaient une intuition remarquable : nous souffrons souvent davantage de ce que nous n’avons pas osé faire que des erreurs que nous avons commises.

L’échec finit par devenir une expérience.

Le renoncement, lui, peut devenir un compagnon silencieux qui nous suit pendant des années.

Combien de personnes portent encore le regret d’un métier qu’elles n’ont jamais osé exercer ?

D’un voyage toujours remis à plus tard ?

D’une passion abandonnée parce qu’elle ne semblait pas raisonnable ?

D’une personne qu’elles n’ont jamais osé aimer pleinement ?

La peur ne détruit pas toujours nos rêves, bien souvent, elle les endort.

Elle les convainc d’attendre une période plus favorable, un meilleur contexte, plus d’argent, davantage d’expérience, le bon moment.

Le problème, c’est que le bon moment a une fâcheuse tendance à reculer au même rythme que nous avançons dans la vie.

Puis un jour, sans prévenir, nous réalisons que ce que nous appelions « plus tard » est devenu « trop tard ».

Cette idée n’a pas pour but de nous inquiéter, elle est juste-là pour nous réveiller.

Car si nous prenons conscience aujourd’hui des décisions que la peur prend à notre place, alors il est encore temps de reprendre le volant.

Et c’est sans doute la plus belle nouvelle de cet article.

3.      Les mille visages de la peur : quand elle apprend à se déguiser

Si la peur ressemblait toujours à une crise de panique ou à une envie irrésistible de fuir, nous la reconnaîtrions facilement, nous saurions quand elle est là, nous pourrions lui répondre.
Mais la peur est bien plus intelligente que cela.

Avec le temps, elle apprend à changer de visage, elle se fait discrète.

Elle emprunte les traits de la raison, de la prudence ou du bon sens. Si bien que nous finissons par croire que les décisions que nous prenons sont parfaitement rationnelles, alors qu’elles sont parfois dictées par une seule question : «Comment éviter de souffrir?»

C’est sans doute ce qui rend la peur si difficile à démasquer.

Elle ne dit presque jamais son nom.

·         « Je suis simplement prudent. »

La prudence est une qualité, elle nous évite bien des erreurs. Mais il existe une frontière subtile entre la prudence et la peur.

Être prudent, c’est analyser un risque avant d’agir.
Être dominé par la peur, c’est ne plus agir tant qu’il reste le moindre risque.

Or il restera toujours une part d’incertitude.

Aucun projet n’offre de garantie, aucune relation ne promet de durer, aucune décision importante ne peut être prise avec une certitude absolue.

Attendre d’être sûr de réussir revient souvent à attendre toute une vie.

·         « J’attends d’être prêt. »

Qui n’a jamais prononcé cette phrase ?

Je commencerai quand j’aurai plus d’expérience, quand les enfants seront plus grands, quand j’aurai davantage d’argent, quand j’aurai plus confiance en moi.

Ces raisons sont parfois légitimes, mais elles peuvent aussi devenir le langage préféré de la peur.

Car la vérité est inconfortable : nous sommes rarement prêts avant de commencer.

C’est l’action qui construit la confiance, bien plus que l’attente.

Les stoïciens l’avaient déjà compris.

On ne devient pas courageux en réfléchissant au courage.
On devient courageux en accomplissant, malgré l’inconfort, les actes qui correspondent à nos valeurs.

·         « Je suis perfectionniste. »

Le perfectionnisme est souvent présenté comme une qualité.

Pourtant, derrière ce mot flatteur se cache parfois une peur immense.

La peur d’être jugé, la peur de décevoir, la peur de ne pas être à la hauteur.

Alors nous repoussons sans cesse le moment de publier, de proposer, de créer ou de nous lancer.

Nous voulons améliorer encore un détail, puis un autre et encore un autre.

Finalement le projet n’avance plus.

Le perfectionnisme n’est pas toujours la recherche de l’excellence. Il est parfois une stratégie très élaborée pour ne jamais s’exposer.

 

·         « Je réfléchis encore. »

Réfléchir est indispensable, mais certaines personnes ne prennent jamais de décision parce qu’elles cherchent la certitude.

Elles lisent un livre de plus, écoutent un podcast supplémentaire, demandent un nouvel avis, attendent la preuve définitive. Pendant ce temps, la vie continue.

La réflexion devient une salle d’attente dans laquelle les années passent sans que rien ne change.

Comme l’écrivait Sénèque :

 «Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas; c’est parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles.»

La peur adore nous faire croire qu’il nous manque encore une information.

Alors qu’il nous manque parfois seulement une décision.

·         « Je veux simplement que tout soit sous contrôle. »

Voilà sans doute l’un des déguisements les plus dangereux.

Nous aimons croire que si nous anticipons suffisamment, si tout est organisé, planifié et sécurisé, alors nous éviterons les mauvaises surprises. Bien sûr que préparer est utile.

Mais vouloir tout contrôler est une illusion.

Nous ne contrôlons ni les réactions des autres, ni les événements, ni le temps qui passe.

Les stoïciens nous rappellent que notre sérénité naît précisément du moment où nous cessons de vouloir maîtriser ce qui ne dépend pas de nous.

Le paradoxe est frappant.

Plus nous voulons contrôler l’avenir, plus nous nourrissons notre anxiété et plus nous nourrissons notre anxiété, plus nous cherchons à tout contrôler.

Un cercle vicieux s’installe.

·         « Ce n’est pas pour moi. »

C’est peut-être le dernier masque et le plus triste.

Après des années à écouter la peur, nous ne disons plus : «J’ai peur de changer.» Nous disons : «Je ne suis pas quelqu’un qui change.»

Nous ne disons plus :

«J’ai peur de parler en public.» Nous disons : «Je suis timide.»

Nous ne disons plus :

«J’ai peur d’entreprendre.» Nous disons : «Je ne suis pas fait pour ça.»

Petit à petit, la peur cesse d’être une émotion, elle devient une identité.

Nous finissons par confondre ce que nous ressentons avec ce que nous sommes.

C’est sans doute sa plus grande victoire.

Car tant que nous croyons que ces limites définissent notre personnalité, nous ne cherchons même plus à les dépasser.

Et pourtant… Une émotion n’est pas une identité, une peur n’est pas un destin.

Ce n’est pas parce que nous avons longtemps laissé la peur guider certaines de nos décisions que nous sommes condamnés à lui laisser le volant pour le reste de notre vie.

Encore faut-il commencer par reconnaître tous les costumes qu’elle aime porter.

4.      Ce que nous perdons sans même nous en rendre compte.

La peur a un pouvoir redoutable. Elle ne nous enlève pas notre vie d’un seul coup, elle nous la retire par petites portions, un renoncement après l’autre. C’est ce qui la rend si difficile à démasquer.

Si la peur nous faisait tout perdre en une journée, nous réagirions immédiatement, chercherions de l’aide, changerions de direction. Mais elle est infiniment plus subtile, elle nous demande seulement de remettre une décision à demain, puis à la semaine prochaine, à l’année prochaine et sans que nous nous en apercevions, les années s’écoulent.

Nous avons parfois l’impression que ce sont les grandes décisions qui façonnent une existence. En réalité, ce sont les petites.

Ces moments où nous choisissons de nous taire plutôt que d’exprimer ce que nous ressentons, de rester plutôt que d’essayer, de reporter plutôt que de commencer, de nous adapter plutôt que d’assumer ce qui compte vraiment pour nous.

À chaque fois, le prix semble dérisoire, mais les intérêts s’accumulent comme une goutte d’eau qui tombe chaque jour au même endroit, la peur finit par creuser une existence.

Elle ne détruit pas forcément nos rêves, elle les use, les fatigue, les convainc qu’ils peuvent attendre encore un peu.

Et puis un jour, ils cessent de frapper à la porte.

 Le prix invisible des occasions manquées.

Nous parlons souvent de nos erreurs et beaucoup plus rarement de nos occasions perdues. Pourtant, il existe des pertes qui ne laissent aucune cicatrice visible.
Une formation que nous n’avons jamais suivie, une entreprise que nous n’avons jamais créée, une personne que nous n’avons jamais osé aimer, un pardon que nous n’avons jamais demandé, un voyage toujours repoussé, une passion abandonnée parce qu’elle semblait peu raisonnable.

Toutes ces expériences ont un point commun, elles ne sont jamais entrées dans notre vie.
Et pourtant, elles ont profondément influencé la personne que nous sommes devenus.

Comment mesurer le bonheur qu’aurait pu nous apporter une rencontre qui n’a jamais eu lieu?

Comment évaluer les compétences que nous aurions développées dans un métier que nous n’avons jamais osé exercer?

Comment savoir quelle version de nous-mêmes attendait derrière cette décision que nous avons continuellement reportée?

Ces questions resteront toujours sans réponse et c’est précisément ce qui les rendent si bouleversantes.

La peur vole aussi notre liberté intérieure.

On imagine souvent que la liberté consiste à pouvoir faire tout ce que l’on veut.

Les stoïciens avaient une vision différente. Pour eux, être libre, c’était avant tout ne pas être l’esclave de ce qui dirige nos choix.

Or que devient notre liberté lorsque chacune de nos décisions est dictée par la peur de perdre, d’échouer, d’être jugé ou de décevoir ?

Nous pouvons avoir toutes les libertés extérieures du monde… et vivre intérieurement comme des prisonniers.

À l’inverse, certaines personnes affrontent des circonstances extrêmement difficiles tout en restant profondément libres, parce qu’elles continuent d’agir en accord avec leurs valeurs.

La liberté n’est donc pas seulement une question de possibilités, mais elle est aussi une question de courage.

Le regret a une mémoire étonnamment longue.

Il existe une émotion dont on parle peu. Le regret.

Contrairement à la peur, il regarde en arrière.

Il ne demande plus : «Et si j’échouais?» Il demande : «Et si j’avais essayé?»

Cette question peut accompagner une personne pendant des années.

Les chercheurs qui se sont intéressés aux regrets de fin de vie arrivent souvent à une conclusion similaire : les êtres humains regrettent davantage les possibilités qu’ils n’ont jamais explorées que les erreurs qu’ils ont commises.

Un échec peut être douloureux, mais il nous apprend, nous transforme. Il nous permet de tourner une page.

Le renoncement, lui, laisse souvent un chapitre entier inachevé et notre imagination adore écrire ce qu’il aurait pu contenir.

Il est encore temps.

En lisant ces lignes, certains ressentiront peut-être un pincement, penseront à un rêve oublié, à une décision sans cesse repoussée, à une conversation qu’ils évitent depuis trop longtemps.

Si c’est votre cas, j’aimerais vous dire une chose importante, cet article n’a pas été écrit pour vous faire culpabiliser.

La culpabilité regarde le passé, le courage regarde la prochaine étape.

Personne ne peut revenir dix ans en arrière, personne ne peut récupérer les occasions déjà perdues.

En revanche, chacun peut décider que la prochaine décision importante ne sera plus prise uniquement pour éviter d’avoir peur.
Et cette décision-là peut changer beaucoup plus qu’on ne l’imagine, car une vie ne se transforme pas lorsque la peur disparaît.

Elle se transforme lorsque, pour la première fois, nous cessons de lui confier systématiquement le dernier mot.

5.      Quand la peur finit par devenir notre identité

La peur ne transforme pas seulement nos décisions.
Avec le temps, elle transforme aussi le regard que nous portons sur nous-mêmes.

Au départ, les choses sont simples, nous ressentons une émotion.

Nous avons peur de parler devant un groupe, de quitter un emploi, de dire ce que nous pensons, de simplement changer.

Cette peur est normale… Elle est humaine.

Mais si, chaque fois qu’elle apparaît, nous renonçons à agir, notre cerveau commence à enregistrer une information bien différente.

Il ne retient plus seulement que nous avons eu peur, il retient que nous sommes ce type de personne.

Progressivement, notre langage change.

Nous ne disons plus : «J’ai peur de prendre la parole.»

Nous affirmons : «Je ne suis pas à l’aise pour parler en public.»

Puis : «Je ne suis pas fait pour ça.»

Et, finalement : «Ce n’est pas moi.»

Cette évolution paraît anodine, pourtant, elle change tout.

Car une émotion est passagère, une identité semble permanente.

Le cerveau adore les raccourcis.

Notre cerveau est une formidable machine à économiser de l’énergie. Pour éviter de devoir tout analyser en permanence, il construit des automatismes.

Il classe, simplifie, crée des habitudes… Ce mécanisme est précieux.

Grâce à lui, nous n’avons pas besoin de réapprendre à conduire chaque matin ou de réfléchir à chacun de nos gestes.

Mais ce fonctionnement possède aussi un revers.

Lorsque nous répétons les mêmes comportements pendant des années, le cerveau finit par les considérer comme une définition de nous-mêmes.

Si nous évitons systématiquement les conflits, nous finissons par croire que nous sommes quelqu’un qui ne sait pas s’affirmer.

Si nous refusons toujours les responsabilités, nous concluons que nous ne sommes pas des leaders.

Si nous renonçons sans cesse à nos projets, nous nous persuadons que nous manquons de talent ou de capacité.

En réalité, nous avons surtout renforcé une habitude et une habitude n’est pas une identité.

Nous devenons les histoires que nous nous racontons.

Nous passons notre vie à dialoguer avec nous-mêmes.

Malheureusement, ce dialogue est parfois devenu un tribunal.

« Je suis trop timide… Je suis trop vieux… Je n’ai pas les épaules pour ça… Je n’ai jamais été courageux. »

À force de répéter ces phrases, elles cessent de ressembler à des opinions, elles deviennent des vérités.

Pourtant, elles reposent souvent sur des conclusions tirées à partir de quelques expériences.

Un échec devient une preuve… Un refus devient une étiquette… Une peur devient une personnalité, comme si une seule page suffisait à résumer tout un livre.

Ce que les neurosciences nous apprennent.

Pendant longtemps, les scientifiques ont pensé que notre cerveau était relativement figé à l’âge adulte. Nous savons aujourd’hui que ce n’est pas le cas.

Grâce à la neuroplasticité, notre cerveau continue de créer de nouvelles connexions tout au long de notre vie. Chaque nouvelle expérience, nouvelle compétence, comportement répété, défi relevé, contribue à remodeler progressivement notre fonctionnement.

Autrement dit, ce que nous répétons devient plus facile.

La mauvaise nouvelle, c’est que cela vaut aussi pour l’évitement.

Chaque fois que nous fuyons une situation qui nous fait peur, notre cerveau apprend que cette fuite était la bonne solution et la prochaine fois, il déclenchera la peur encore plus rapidement.

Mais la bonne nouvelle est tout aussi puissante.

Chaque fois que nous avançons malgré notre peur, même de quelques centimètres, nous envoyons un message différent à notre cerveau.

«Finalement, j’en étais capable.»

C’est ainsi que le courage grandit. Non pas en supprimant la peur, mais en cessant de lui obéir systématiquement.

Nous ne sommes pas condamnés à rester les mêmes.

Il est tentant de croire que notre personnalité est définitivement écrite, que certains naissent audacieux pendant que d’autres resteront prudents toute leur vie.

Pourtant, l’histoire est remplie de femmes et d’hommes qui ont profondément changé.

Non parce qu’ils ont cessé d’avoir peur, mais parce qu’ils ont décidé que leurs valeurs auraient désormais plus de poids que leurs émotions.

Les stoïciens parlaient d’exercer notre caractère comme on entraîne un muscle.

Les neurosciences parlent aujourd’hui de plasticité cérébrale. Le vocabulaire est différent, mais le message reste le même.

Nous sommes beaucoup plus malléables que nous le croyons. Notre passé explique une partie de ce que nous sommes, mais il ne décide pas de ce que nous pouvons devenir.

Et c’est une excellente nouvelle.

Car si la peur a pu façonner une partie de notre histoire, elle n’est pas obligée d’écrire les chapitres qui restent.

Et c’est peut-être là que réside notre plus grande liberté.

6.      Les stoïciens avaient déjà compris le piège

Il y a plus de deux mille ans, bien avant que les neurosciences n’expliquent le fonctionnement de notre cerveau, les philosophes stoïciens avaient déjà observé quelque chose d’essentiel.

L’être humain souffre souvent moins de la réalité que de ce qu’il imagine.

Épictète l’exprimait avec une formule devenue célèbre :

«Ce ne sont pas les événements qui nous troublent, mais le jugement que nous portons sur eux.»

Autrement dit, la peur ne naît pas toujours de ce qui est devant nous.

Elle naît souvent de l’histoire que notre esprit commence immédiatement à raconter.

Je dois prendre la parole devant un public, mon cerveau imagine que je vais perdre mes moyens, que tout le monde va me juger, que je vais me ridiculiser.

Je n’ai encore rien dit… et pourtant mon corps réagit déjà comme si l’échec était certain.

Voilà le véritable pouvoir de la peur, elle transforme des hypothèses en certitudes.

 La peur adore prédire l’avenir

Si nous écoutons attentivement notre dialogue intérieur, nous remarquons une chose étonnante.

La peur parle presque toujours au futur.

« Et si ça se passait mal ? Et si je n’y arrivais pas ? Et si je perdais tout ? »

Le problème n’est pas de se poser ces questions, mais de croire que ces scénarios représentent la réalité. Or personne ne connaît l’avenir et certainement pas même notre cerveau.

La peur est la meilleure des scénaristes, mais elle est une très mauvaise voyante.

Elle écrit des histoires convaincantes, pas des prophéties.

Revenir à ce qui dépend vraiment de nous

C’est ici que le stoïcisme propose une idée d’une puissance incroyable.

Les stoïciens nous invitent à distinguer deux catégories de choses. (J’y reviens encore et toujours)

D’un côté, ce qui dépend de nous.

Nos décisions, nos efforts, nos paroles, notre manière de réagir.

De l’autre, ce qui ne dépend pas de nous.

Le regard des autres, les circonstances, les résultats, la météo, l’économie, le passé, l’avenir.

La peur adore nous faire investir toute notre énergie dans cette seconde catégorie.
Nous passons des heures à anticiper des événements que nous ne maîtriserons jamais.

Nous voulons contrôler l’opinion des autres, éviter toute erreur, supprimer toute incertitude.
Mais plus nous cherchons à maîtriser l’incontrôlable, plus nous alimentons notre anxiété.

À l’inverse, lorsque nous recentrons notre attention sur ce qui dépend réellement de nous, quelque chose change.

Nous retrouvons une forme de calme. Non parce que les difficultés disparaissent, mais parce que nous cessons de nous battre contre le vent.

vous pouvez lire aussi : Comment distinguer ce qui dépend de nous : le guide stoïcien pour reprendre le contrôle de notre vie. – Nos états d’Am’s

Le courage n’est pas l’absence de peur

Nous faisons souvent la même erreur, nous pensons que les personnes courageuses ne ressentent pas la peur, les stoïciens auraient probablement souri en entendant cela.

Le courage ne consiste pas à ne rien ressentir, il consiste à choisir son action malgré ce que l’on ressent.

Marc Aurèle écrivait chaque matin pour se préparer aux difficultés qu’il rencontrerait dans la journée.

Non parce qu’il était pessimiste, mais parce qu’il savait que les obstacles faisaient partie de la vie.

Le courage n’est donc pas un état émotionnel, c’est une décision.

Une décision parfois minuscule : Passer cet appel, demander pardon, dire non, dire oui, publier ce projet, changer de direction. Toutes ces actions peuvent être réalisées avec le cœur qui bat plus vite. Le courage ne demande pas que la peur disparaisse, il demande simplement qu’elle ne décide plus.

La question qui peut changer une vie.

Les stoïciens nous invitent rarement à chercher une vie confortable, ils nous invitent à chercher une vie cohérente, une vie dans laquelle nos actes ressemblent à nos valeurs.

Alors, avant une décision importante, il est peut-être utile de remplacer une question par une autre.

Au lieu de demander : « Qu’est-ce qui me fait le moins peur ? »

Demandons-nous :
«Quelle décision est la plus fidèle à la personne que je veux devenir?»

Cette question ne supprime pas la peur, elle lui redonne simplement sa juste place.

Car la peur peut nous conseiller, elle peut nous inviter à réfléchir, elle peut nous pousser à préparer nos actions avec davantage de sérieux, mais elle ne devrait jamais décider à la place de nos valeurs.

C’est sans doute cela, la véritable liberté. Non pas vivre sans peur, mais vivre de telle sorte que nos valeurs aient toujours le dernier mot.

Et c’est peut-être le plus bel héritage que les stoïciens peuvent encore nous transmettre aujourd’hui.

Conclusion : Et si la peur n’avait plus le dernier mot ?

La peur fera toujours partie de notre vie. Elle est inscrite dans notre cerveau, nous protège, nous invite parfois à ralentir, à observer, à préparer nos décisions avec davantage de discernement.

En cela, elle est précieuse. Le problème n’a jamais été la peur. Le problème commence lorsque nous lui confions le gouvernail, car une vie dirigée par la peur n’est pas forcément une vie malheureuse.
C’est souvent une vie plus petite que ce qu’elle aurait pu être. Une vie où les projets attendent le bon moment où les mots importants restent prisonniers de notre gorge, où les rêves deviennent peu à peu des regrets silencieux.

Nous avons tous laissé la peur décider à notre place. Moi le premier.

Aucun être humain n’y échappe, mais nous pouvons tous reprendre une part de liberté.

Pas demain, pas lorsque nous serons enfin prêts. Aujourd’hui.

Peut-être par une décision qui semblera insignifiante aux yeux des autres, un appel, une inscription, une conversation, une demande de pardon, un premier pas, car ce sont rarement les grandes décisions qui changent une existence, ce sont les petits actes que nous répétons avec courage.

Les stoïciens nous rappellent que nous ne maîtrisons ni le temps qui passe ni les événements qui nous attendent. En revanche, nous gardons toujours la possibilité de choisir l’attitude avec laquelle nous répondrons à la vie.

Et c’est peut-être là notre plus grande liberté.

Lorsque vous refermerez cet article, la peur sera probablement encore là, elle continuera peut-être à vous souffler que ce n’est pas le bon moment qu’il vaut mieux attendre, que demain sera plus simple. Écoutez-la, puis remerciez-la… Elle essaie simplement de vous protéger.

Mais rappelle-lui avec douceur qu’elle n’est plus aux commandes. Parce qu’au fond, la vie ne nous demandera jamais si nous avons eu peur, elle nous demandera plutôt ce que nous avons choisi de faire malgré cette peur.

Alors j’aimerais vous laisser avec une seule question.

Une question que je vous invite à garder avec vous aujourd’hui, demain, et chaque fois que vous vous trouverez face à une décision importante.

Si la peur n’avait plus le dernier mot… quelle serait la première décision que vous prendriez?

Et si cette décision existait déjà dans un coin de votre esprit… N’attendez pas que la peur disparaisse, elle ne disparaîtra probablement jamais.

Commencez simplement à avancer, un pas après l’autre.

Car une vie ne change pas le jour où nous cessons d’avoir peur, elle change le jour où nos valeurs deviennent plus fortes que nos peurs.

C’est ce jour-là que nous cessons enfin de survivre pour commencer à vivre.

À très vite pour la suite.

vous pouvez lire : Et si notre peur n’était pas le problème, mais un signal ? – Nos états d’Am’s

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