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Quelle différence subtile y a-t-il entre entendre et écouter ?

La rentrée est là qu’on le veuille ou non, c’est reparti ! Des milliers d’enseignants retrouvent leurs classes, quand ils en ont une. Des élèves, leurs bancs bien rafraîchis et des parents vont répéter, parfois plusieurs fois par jour : « Écoute bien ce qu’on te dit ! »

Et moi-en tant qu’instit, je vais probablement prononcer cette phrase plus d’une fois.

Mais la question que je me suis posée c’est : qu’est-ce que cela signifie réellement, écouter?

Parce qu’il y a une différence entre entendre et écouter.

Je peux entendre le bruit d’une voiture qui passe dans la rue sans y prêter la moindre attention.
Je peux entendre quelqu’un me parler tout en pensant à ce que je vais faire juste après.
Je peux même entendre parfaitement les mots de mon interlocuteur sans réellement comprendre ce qu’il essaie de me dire.

Nous entendons beaucoup, mais écoutons-nous vraiment ?

La question ne concerne d’ailleurs pas uniquement nos enfants ou nos élèves. Elle nous concerne tous.

Nous entendons notre conjoint nous raconter sa journée tout en regardant notre téléphone. Nous entendons un collègue nous expliquer un problème alors que nous préparons déjà notre réponse. Nous entendons un ami nous parler de ses difficultés et, avant même qu’il ait terminé, nous cherchons déjà la solution que nous allons lui proposer.

Nous avons parfois deux oreilles parfaitement fonctionnelles… et une attention complètement ailleurs. C’est peut-être là que se trouve toute la subtilité.

Entendre semble être quelque chose qui nous arrive.
Écouter demande que nous y participions.

Et cette différence n’est pas seulement une question de vocabulaire. Elle touche à notre attention, à notre manière d’apprendre, à nos relations avec les autres et même à notre capacité à nous comprendre nous-mêmes.

Le psychologue Carl Rogers et Richard Farson ont étudié et rédigé des articles sur ce qu’ils appelaient l’«écoute active». Pour eux, écouter ne consiste pas simplement à recevoir les paroles de l’autre : il s’agit aussi de chercher à comprendre ce qu’il veut réellement exprimer et ce qu’il ressent derrière ses mots.

Et, bien avant les psychologues modernes, un philosophe stoïcien avait déjà compris que l’écoute pouvait être une véritable compétence.

Épictète écrivait qu’il existe un « art d’écouter » comme il existe un art de parler.
Pour lui, écouter correctement demande même un certain entraînement.

Alors, en cette rentrée où nous allons demander à nos enfants d’écouter, peut-être pourrions-nous commencer par nous poser la question à nous-mêmes :

Sommes-nous vraiment de bons auditeurs?

Et surtout… quelle différence subtile y a-t-il entre entendre quelqu’un et véritablement l’écouter?

 

1. Entendre n’est pas écouter.

 

Commençons par quelque chose de très simple.

Lorsque je parle devant ma classe, mes élèves entendent ma voix. Du moins, je l’espère et rassurez-vous je fais tout pour… mais cela ne signifie pas nécessairement qu’ils m’écoutent.
La nuance peut sembler minime pourtant dans la réalité, croyez-moi, elle ne l’est pas.

Entendre relève d’abord de nos capacités auditives. Des sons arrivent jusqu’à nos oreilles, sont transformés en signaux nerveux et traités par notre cerveau. Nous pouvons donc entendre une conversation, une sonnerie, le bruit d’un klaxon ou quelqu’un qui nous appelle sans pour autant leur accorder une véritable attention.

Écouter implique quelque chose de plus.

Écouter, c’est porter volontairement son attention sur ce que nous entendons.

Et cette différence devient particulièrement visible dans une classe.

Je peux expliquer une consigne pendant deux minutes. Tous les élèves sont physiquement présents. Personne ne parle. Personne ne semble faire autre chose.

Ils m’ont entendu, mais quelques minutes plus tard, lorsque l’un me demande et puis un autre : « Qu’est-ce qu’il faut faire ? » ou qu’un autre intervient de nouveau : « Monsieur, vous pouvez répéter ? »

Ce n’est pas forcément de la mauvaise volonté. Son cerveau a bien reçu les sons, mais son attention était très certainement ailleurs.

C’est là qu’intervient un phénomène que les neurosciences étudient depuis longtemps : notre cerveau ne traite pas avec la même intensité toutes les informations qui nous parviennent. Notre attention agit comme un système de sélection. Dans un environnement rempli de stimulations, elle nous permet de privilégier certaines informations et d’en laisser d’autres au second plan.

Nous connaissons tous l’expérience du « cocktail party ».

Imaginez-vous dans une pièce où vingt personnes discutent simultanément. Vous êtes capable de suivre la conversation de la personne qui se trouve face à vous tout en laissant les autres conversations devenir un bruit de fond et soudain, quelqu’un prononce votre prénom à quelques mètres de là, et votre attention se déplace. Vous l’avez probablement entendu depuis le début, mais vous ne l’écoutiez pas.

Cette distinction nous apprend quelque chose d’important : le fait qu’une information soit accessible à nos sens ne signifie pas que nous lui accordons notre attention.

Et cela vaut bien davantage que pour une salle de classe.

Nous pouvons entendre quelqu’un nous parler tout en consultant notre téléphone, notre conjoint nous raconter sa journée tout en réfléchissant à notre propre problème, notre enfant nous expliquer quelque chose tout en préparant mentalement notre réponse.

Nous pouvons même entendre une personne nous dire exactement ce dont elle a besoin… et passer complètement à côté. Pourquoi ?

Parce que nous n’écoutons pas seulement avec nos oreilles, nous écoutons avec notre attention. Et l’attention a une particularité : elle est limitée.

Vous pouvez lire si le sujet vous intéresse : votre attention : comment en faire un super-pouvoir ? — Nos états d’Am’s

Nous ne pouvons pas être pleinement attentifs à tout, tout le temps. Notre cerveau doit sélectionner. Le problème n’est donc pas seulement de savoir si nous sommes capables d’écouter.

La véritable question est : à quoi donnons-nous notre attention?

C’est une question particulièrement intéressante pour nous, adultes.

Parce que nous demandons souvent aux enfants d’écouter alors que nous sommes nous-mêmes devenus des spécialistes de l’écoute fragmentée.

Nous répondons à un message pendant qu’une personne nous parle, regardons une notification au milieu d’une conversation, écoutons une histoire en pensant déjà à la nôtre et parfois, nous attendons simplement que l’autre se taise pour pouvoir parler à notre tour.

Nous avons entendu chaque mot, mais avons-nous vraiment écouté ?

C’est précisément ici que la différence devient intéressante.

Entendre est principalement une réception. Écouter est une participation.

Entendre ne nous demande pas nécessairement de choisir, mais écouter nous demande de nous rendre disponibles.

Et cette disponibilité a un prix : pendant quelques instants, il faut accepter de mettre autre chose au second plan.

Notre téléphone, nos pensées, nos préoccupations, notre besoin d’avoir raison et parfois même notre envie de répondre. C’est probablement pour cette raison que l’écoute véritable est beaucoup plus difficile que nous ne l’imaginons.

Car écouter quelqu’un, ce n’est pas seulement attendre que les mots arrivent jusqu’à nos oreilles.

C’est décider que, pendant quelques instants, ce que l’autre a à dire mérite réellement notre attention.

Et cette décision va changer profondément notre manière d’être avec les autres.

2. Écouter, c’est faire de la place à l’autre.

 

Si écouter demande notre attention, alors écouter véritablement quelqu’un demande quelque chose de plus difficile encore : faire de la place à l’autre.

Parce que nous avons tous une fâcheuse tendance à écouter avec nous-mêmes au centre.

Quelqu’un nous raconte son problème et nous pensons à un problème que nous avons vécu.

Quelqu’un nous parle de sa peur et nous cherchons immédiatement à le rassurer.

Quelqu’un nous explique son point de vue et nous préparons déjà nos arguments pour lui démontrer qu’il se trompe.

Nous entendons alors les mots de l’autre, mais nous les faisons passer à travers notre propre filtre.

Écouter devient presque une compétition silencieuse entre ce que l’autre essaie de nous dire et ce que nous avons envie de lui répondre.

C’est précisément ce que Carl Rogers et Richard Farson ont essayé de dépasser avec leur notion d’«écoute active», développée dès 1957. Pour eux, écouter ne consiste pas à rester passivement silencieux, mais bien de chercher à comprendre non seulement le contenu des paroles, mais également le ressenti et l’attitude qui se trouvent derrière celles-ci.

Autrement dit, lorsque quelqu’un nous dit : «Je n’en peux plus de mon travail.»

Nous pouvons entendre la phrase. Nous pouvons même la comprendre littéralement. Mais écouter véritablement pourrait nous amener à nous demander : «Qu’est-ce qui est devenu insupportable pour toi?»

La différence paraît minuscule, mais elle change pourtant complètement la conversation parce que nous ne cherchons plus immédiatement à apporter notre réponse, mais bien à d’abord comprendre la réalité de l’autre.

C’est une compétence particulièrement importante dans le coaching. Mon rôle n’est certainement pas de dire à une personne ce qu’elle devrait faire. Il est le plus souvent de lui permettre de mettre des mots sur ce qu’elle pense, ce qu’elle ressent et ce qu’elle veut réellement.

Et parfois, lorsqu’une personne parvient enfin à entendre, elle-même, ce qu’elle vient de dire, quelque chose devient évident. Elle connaissait peut-être déjà la réponse et avait juste besoin d’un espace dans lequel elle puisse l’écouter.

Cette idée devrait également nous interroger comme enseignants.

Nous passons beaucoup de temps à parler à nos élèves, mais combien de temps passons-nous à les écouter ?

Pas seulement écouter leur réponse lorsque nous posons une question.

Écouter leurs hésitations, leurs questions, leurs silences, leurs erreurs et parfois même ce qu’ils ne parviennent pas encore à formuler.

Un élève qui dit « je n’y arrive pas » ne demande pas nécessairement que je répète immédiatement la consigne. Il nous donne peut-être une information beaucoup plus précieuse : «Je ne comprends pas encore comment m’y prendre.»

Encore faut-il l’écouter.

Et c’est ici que nous touchons à d’essentiel : «écouter est une compétence qui s’apprend.»

Épictète l’avait déjà compris.

Dans ses «Entretiens», il explique qu’il existe un art du « bien écouter» comme il existe un art du « bien parler». Il va même jusqu’à considérer que celui qui veut réellement tirer profit de la philosophie doit s’exercer à écouter. C’est une idée étonnamment moderne.

Nous consacrons des années à apprendre à parler, à écrire, à argumenter, à présenter un exposé, mais nous considérons souvent que savoir écouter va de soi comme si deux oreilles suffisaient.

Or, avoir des oreilles fonctionnelles ne fait pas davantage de nous un bon auditeur qu’avoir une bouche ne fait de nous un bon orateur.

Écouter est un savoir-faire.

 

Et comme tout savoir-faire, il demande de l’entraînement.

Peut-être pouvons-nous commencer par une chose très simple :

La prochaine fois que quelqu’un nous parlera, essayons de ne pas chercher immédiatement quoi répondre. Écoutons jusqu’au bout.

Puis demandons-nous : «Qu’est-ce que cette personne essaie réellement de me dire?»

La question paraît simple.

Mais elle pourrait bien changer quelques-unes de nos conversations.

3. Écouter, c’est aussi accepter de ne pas savoir.

 

Il existe pourtant un autre obstacle à l’écoute, beaucoup plus discret que notre téléphone ou nos distractions : nous croyons souvent savoir ce que l’autre va dire.

Nous entendons quelques mots et notre cerveau complète immédiatement la suite.

« Je connais déjà cette histoire. Elle va encore se plaindre. Je sais ce qu’elle pense. Elle exagère. »

À partir de cet instant, nous n’écoutons déjà plus vraiment. Nous écoutons notre propre interprétation de ce que l’autre est en train de dire.

C’est particulièrement visible dans les conflits.

Notre interlocuteur prononce une phrase. Nous y entendons une attaque et préparons notre défense. Il poursuit, mais nous ne sommes déjà plus disponibles pour entendre réellement ce qu’il essaie de nous expliquer.

Nous ne sommes plus en train d’écouter. Nous sommes en train de nous défendre.

Le problème est que nous confondons facilement compréhension et interprétation. Comprendre demande de recevoir l’information avant de lui donner un sens définitif.
Interpréter consiste souvent à donner ce sens immédiatement.

C’est justement pour cette raison que l’écoute active de Carl Rogers ne se réduit pas au silence. Rogers et Richard Farson insistaient sur le fait que l’écoute doit chercher à comprendre à la fois le contenu du message et ce qui se trouve derrière celui-ci : le ressenti, l’attitude, la difficulté vécue par l’autre.

Cela implique une forme d’humilité.

Écouter véritablement, c’est accepter que nous ne sachions pas encore ce que l’autre veut dire.

 

Cette idée rejoint étonnamment la pensée d’Épictète.
Dans les « Entretiens », le philosophe stoïcien explique qu’il existe un véritable « art d’écouter ».
Il considère même que celui qui souhaite écouter les philosophes doit s’y exercer : entendre des paroles ne suffit pas, encore faut-il être capable de les recevoir avec suffisamment d’attention et de compréhension pour en tirer quelque chose.

Voilà une conception intéressante de l’écoute : elle n’est pas une posture passive, elle demande un effort, demande de ralentir, de suspendre momentanément notre jugement et surtout, de renoncer à cette petite certitude confortable qui nous murmure :

 

« De toute façon je sais déjà ! »

 

Peut-être est-ce d’ailleurs l’une des plus belles choses que nous puissions apprendre.

Écouter quelqu’un, ce n’est pas nécessairement être d’accord avec lui.

Ce n’est même pas nécessairement croire ce qu’il dit. C’est lui accorder suffisamment d’attention pour pouvoir comprendre avant de juger et cette compétence ne concerne pas seulement l’école.

Elle concerne nos couples, nos amitiés, nos relations professionnelles, notre rôle de parent… et ma pratique du coaching.

Car lorsque nous cessons d’écouter pour comprendre et que nous commençons à écouter pour confirmer ce que nous pensions déjà, nous ne rencontrons plus vraiment l’autre.

Nous rencontrons notre propre histoire projetée sur lui.

Et il y a peut-être encore plus difficile à apprendre.

Après avoir appris à écouter les autres, nous devons peut-être apprendre à écouter… nous-mêmes.

4. Et si nous apprenions aussi à nous écouter ?

 

Nous avons beaucoup parlé d’écouter les autres, mais il existe peut-être une personne que nous entendons quotidiennement sans réellement prendre le temps de l’écouter : nous-mêmes.

Notre corps nous parle, nous ressentons de la fatigue, mais nous continuons.
Nous ressentons de la frustration, mais nous la repoussons.
Nous sentons qu’une situation ne nous convient plus, mais nous nous racontons que «ça ira».
Nous avons envie de changer quelque chose dans notre vie, mais nous trouvons immédiatement une bonne raison de ne rien faire.

Nous entendons tout cela, mais est-ce que nous écoutons vraiment?

La question est importante parce qu’écouter ses propres pensées ne signifie évidemment pas leur obéir.

Notre cerveau produit en permanence des pensées, des jugements, des scénarios et des inquiétudes. Tout ce qui nous traverse l’esprit n’est pas nécessairement vrai, utile ou digne d’être suivi.

Vous pouvez lire aussi : Pourquoi nous nous mentons à nous même ? — Nos états d’Am’s

Le stoïcisme nous invite justement à prendre de la distance avec nos représentations.

Épictète nous rappelle que «ce ne sont pas les événements qui nous bouleversent, mais le jugement que nous portons sur eux.»
Avant de réagir, nous pouvons donc apprendre à observer ce qui se passe en nous.

C’est peut-être cela, finalement, s’écouter sans nécessairement se croire.

J’ai peur… c’est OK… Qu’est-ce que cette peur essaie de me dire ?

Je suis en colère… Très bien. Qu’est-ce qui vient d’être touché chez moi ?

Je suis épuisé.

Alors peut-être serait-il intéressant de m’arrêter quelques instants au lieu de chercher immédiatement une nouvelle raison de continuer.

S’écouter ne signifie donc pas transformer chaque émotion en ordre à exécuter.

Cela signifie lui accorder suffisamment d’attention pour chercher à comprendre ce qu’elle nous apprend.

Et cette nuance est essentielle.

Parce que nous pouvons être prisonniers de nos propres pensées lorsque nous les considérons comme des vérités.

Mais nous pouvons aussi devenir sourds à nous-mêmes lorsque nous refusons systématiquement de les entendre.

Entre les deux, il existe une troisième voie : observer, écouter, puis choisir.

C’est probablement là que l’écoute rejoint une nouvelle fois la liberté.

Nous ne choisissons pas toujours ce que nous entendons. Nous ne choisissons pas nécessairement la première pensée qui apparaît. Nous ne contrôlons pas toutes nos émotions.
Mais nous pouvons apprendre à créer un espace entre ce qui se passe en nous et ce que nous décidons d’en faire.
Et cette capacité commence peut-être par une chose très simple : prendre le temps d’écouter.

Écouter véritablement les autres, mais aussi écouter notre propre fatigue, nos aspirations, nos peurs, nos contradictions et parfois cette petite voix qui nous dit depuis longtemps que quelque chose doit changer.

Alors, lorsque nous demanderons à nos enfants, à notre collègue, à notre conjoint : « Tu m’écoutes ? »

Peut-être pourrions-nous nous poser la même question. Est-ce que nous écoutons vraiment les autres ?

Et plus difficile encore : Est-ce que nous nous écoutons vraiment nous-mêmes ?

Parce qu’au fond, entendre est peut-être une affaire d’oreilles, mais écouter est une affaire de présence.

Et lorsque nous devenons réellement présents à ce que nous entendons, aux autres comme à nous-mêmes, nous retrouvons une petite part de cette liberté que nous pensions parfois avoir perdue.

5. Et si nous apprenions à mieux écouter ?

 

Si écouter est une compétence, alors bonne nouvelle : une compétence, cela se travaille.

Nous n’avons pas besoin de révolutionner notre manière de communiquer. Nous pouvons commencer par quelques expériences très simples.

        I.            Laisser l’autre terminer.

Cela paraît évident. Pourtant, combien de fois commençons-nous déjà à préparer notre réponse alors que notre interlocuteur n’a pas terminé sa phrase ?

Essayons, pendant une conversation, de résister à cette impulsion, ne lui coupons pas la parole, ne préparons pas immédiatement nos arguments, laissons quelques secondes de silence si nécessaire.

Parfois, la personne n’avait pas terminé ce qu’elle avait à dire.

      II.            Reformuler avant de répondre.

Une simple phrase peut éviter quantité de malentendus : «Si je comprends bien, tu veux dire que…»

Elle oblige notre cerveau à quitter momentanément notre propre interprétation pour vérifier ce que l’autre voulait réellement dire.

    III.            Poser une question plutôt que donner immédiatement une solution.

Quelqu’un nous explique un problème…

Avant de répondre « À ta place, je… », essayons : « Qu’est-ce qui est le plus difficile pour toi dans cette situation?»

Ou simplement : «De quoi aurais-tu besoin?»

Nous découvrons parfois que la personne ne cherchait pas une solution. Elle cherchait simplement quelqu’un capable de l’écouter.

    IV.            Écouter sans écran.

Pas de téléphone posé entre nous, de notification consultée discrètement, de conversation menée à moitié.

Quelques minutes d’attention véritable valent souvent mieux qu’une heure de présence distraite.

      V.            Peut-être la plus importante : apprenons à nous écouter nous-mêmes.

Une fois par jour, prenons quelques minutes pour nous demander :

«Qu’est-ce que je ressens en ce moment?»
«
De quoi ai-je besoin?»
«
Qu’est-ce que j’évite de regarder?»

Et surtout :

«Qu’est-ce que je sais déjà, mais que je ne veux peut-être pas encore entendre?»

Il ne s’agit pas de croire aveuglément tout ce qui nous traverse l’esprit.

Il s’agit simplement de créer suffisamment de silence pour pouvoir observer ce qui se passe en nous. Après tout, nous passons beaucoup de temps à demander aux autres de nous écouter.

Peut-être pouvons-nous commencer par devenir, nous aussi, de meilleurs auditeurs pour nos élèves, nos enfants, nos collègues, nos proches et surtout pour nous-mêmes.

Parce qu’au fond, écouter n’est pas seulement une manière de communiquer. C’est une manière d’être présent à la vie.

Et peut-être que cette rentrée pourrait être l’occasion de nous entraîner à quelque chose de très simple : entendre un peu moins distraitement et écouter un peu plus véritablement.

6. Ce que les stoïciens avaient déjà compris de l’écoute.

 

Avant de refermer cet article, faisons un petit détour par la philosophie stoïcienne.

Les stoïciens ne faisaient évidemment pas la distinction scientifique que nous faisons aujourd’hui entre l’audition et l’écoute. Ils ne disposaient ni de neurosciences ni de l’imagerie cérébrale pour observer ce qui se passe lorsque nous portons notre attention sur une voix.

Mais ils avaient compris quelque chose d’essentiel : entendre un enseignement ne signifie pas nécessairement en tirer quelque chose.

 

Épictète va même jusqu’à parler d’un véritable « art d’écouter ».

Dans ses *Entretiens*, il explique que, tout comme il existe un art de bien parler, il existe un art de bien écouter. Et lorsqu’une personne vient écouter la philosophie, elle ne devrait pas se contenter d’accumuler des paroles ou des connaissances. Elle doit être suffisamment attentive pour que ce qu’elle entend puisse transformer sa manière de penser et, surtout, sa manière d’agir.

C’est une distinction qui nous parle encore aujourd’hui.

Nous pouvons écouter des dizaines de podcasts sur la confiance en soi, lire des livres sur la gestion du temps, regarder des conférences sur le changement, comprendre parfaitement ce qu’il faudrait faire… et ne rien changer.

Nous avons entendu, nous avons même écouté, mais avons-nous véritablement reçu ce que nous avons entendu ?

Pour les stoïciens, la philosophie ne consiste pas à remplir notre tête de belles idées. Elle s’invite juste à devenir une manière de vivre et cela commence par notre manière de recevoir ce qui nous est transmis.

Cette idée rejoint également l’importance accordée au jugement.

Entre ce qui nous arrive et la manière dont nous réagissons, nous pouvons apprendre à examiner nos représentations plutôt qu’à les accepter immédiatement comme des vérités.

Cela vaut aussi dans une conversation.

Quelqu’un nous critique… nous entendons ses mots.

Notre première interprétation arrive : «Il me manque de respect.»

Puis notre réaction suit.

Mais si nous apprenions à écouter avant de juger ?

  • «Qu’a-t-il réellement dit?»
  • «Qu’est-ce que j’ai ajouté à ses paroles?»
  • «Suis-je certain d’avoir compris son intention?»

Nous créons alors un petit espace entre ce qui est dit et ce que nous décidons d’en penser.

Et cet espace est précieux.

Parce qu’il nous permet de ne pas être simplement emportés par notre première réaction.

Peut-être est-ce finalement l’une des plus belles leçons que nous pouvons retenir des stoïciens :

écouter demande suffisamment de maîtrise de soi pour ne pas confondre immédiatement ce que nous entendons avec ce que nous croyons avoir compris.

Donc finalement, nous allons apprendre beaucoup de choses à écouter les autres.

Mais gardons à l’esprit qu’écouter n’est pas seulement rester silencieux pendant que quelqu’un parle. C’est aussi apprendre à recevoir, à comprendre, à questionner, puis à choisir ce que nous allons faire de ce que nous avons entendu.

Et cela vaut autant pour une salle de classe que pour toute une vie.

Conclusion : N’est-il pas venu le bon moment pour nous d’écouter davantage ?

 

Alors que je repars pour une nouvelle année scolaire, je demanderai certainement comme chaque année à mes élèves d’écouter : les consignes, un camarade qui s’exprime, une explication donnée par un autre adulte. Voire même d’écouter avant de répondre !
Mais cette année, je me poserai aussi cette question à moi-même. Est-ce que j’écoute vraiment?

Dans cet article où nous avons découvert qu’entendre et écouter ne sont pas tout à fait les mêmes choses. Que nous pouvons entendre sans être attentifs, écouter sans comprendre et comprendre sans être d’accord !

Et nous pouvons même être capables de répéter les mots de quelqu’un sans avoir réellement rencontré ce qu’il essayait de nous transmettre.

Écouter demande quelque chose de plus précieux que nos oreilles : notre présence, notre attention.

Présence à celui qui nous parle, attention à ce que nous vivons, à ce que nous ressentons et peut-être aussi suffisamment d’humilité pour accepter que nous ne savons pas toujours ce que l’autre veut dire, ni même ce qui se passe réellement en nous.

Alors, lorsque cette rentrée nous ramènera dans le bruit : des autres, des réunions, des conversations et des notifications, souvenons-nous de cette petite différence.

Nous ne pouvons pas toujours choisir ce que nous entendons, mais nous pouvons apprendre à choisir ce à quoi nous accordons notre attention.

Et cette capacité est loin d’être anodine parce que notre attention détermine en partie ce à quoi nous donnons de l’importance.

Écouter devient alors bien plus qu’une compétence de communication.

C’est un choix, un choix de présence de relation et, quelque part, un choix de liberté.

Alors, avant de demander aux autres : «Est-ce que tu m’écoutes?»

Peut-être pourrions-nous commencer par nous demander : «Et moi, qu’est-ce que je choisis vraiment d’écouter?»

Parce qu’entre entendre et écouter, il existe finalement une subtile différence et cette petite différence pourrait bien changer beaucoup de choses.

À très vite pour la suite.

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